Le paradoxe bancaire

Nous sommes aujourd’hui confrontés à un véritable paradoxe : s’il est devenu extrêmement difficile d’emprunter de l’argent pour un projet professionnel, celui-ci n’a jamais été aussi bon marché ! Ainsi, chose totalement inédite pour nous depuis que l’on a créé la société, il y a 10 ans : les taux proposés ne sont plus le reflet du risque estimé par les banques – ou d’une concurrence commerciale « normale » entre banques.

Cette situation paradoxale est générée par la conjonction de plusieurs phénomènes :

  • Des taux de refinancement historiquement bas
  • Une forte incitation des banques, par les pouvoirs publics et la BCE, à prêter de l’argent à « l’économie réelle »
  • L’environnement économique morose, peu propice aux affaires et à la prise de risques
  • Des défaillances d’entreprises en hausse

Encore la semaine dernière, nous avons négocié des emprunts plutôt compliqués, sans vraiment de mise en concurrence entre les banques, à des taux d’intérêt inférieurs à 1% ! (0,71% et 0,85%). Et pas uniquement pour des professions libérales !

Ainsi, le dossier à 0,85%, qui consistait en des rachats de parts sociales de profession libérale, sans apport, a été très compliqué à financer car la cliente avait des exigences précises sur le mode de financement de l’emprunt sur la holding. Il nous a donc fallu aller voir de nombreuses banques, pour finalement avoir cette excellente proposition auprès d’une seule. Les autres avaient jeté l’éponge, soit par manque d’apport, soit par non-validation du montage juridique. Bref : le taux n’est pas le reflet du risque perçu.

L’autre dossier, à 0,71%, consistait en la reprise d’un restaurant en forte difficulté, par une personne très expérimentée dans le redressement d’affaires, avec beaucoup d’apport. Il avait besoin d’une réponse rapide, et vu les montants demandés (presque 1M€), il était évident que peu de banques pourraient se mettre sur les rangs dans les délais impartis. La première offre formulée a été de 0,71%… alors que les autres banques sollicitées, qui ont répondu bien plus tard, étaient à des taux supérieurs… Bref : le taux n’est pas le reflet de la « libre-concurrence ».

Ainsi, même les règles de concurrence ne marchent plus : on peut avoir une très belle offre sans mise en concurrence. Mais… ce n’est pas généralisable !

En effet, à l’opposé, nous avons également un client qui est en train de mettre en place un financement à un peu plus de 4% (taux qui aurait été considéré comme incroyable en 2007 !), parce que cette banque (étrangère) n’a pas accès aux mêmes taux de refinancement que les banques françaises. Mais, en raison des délais, il faudra choisir cette solution, car le bailleur n’attendra pas d’éventuelles autres réponses de banques. Dans ce cas-là : on a un beau projet, qui devrait avoir de meilleures conditions… mais ce sont des éléments extérieurs qui fixent les règles du jeu…

En conclusion, une chose est sûre dans l’environnement actuel : l’incertitude est de mise ! Négocier un crédit professionnel nécessite un fort investissement en temps, et il ne faut négliger aucune piste. Ceci dit, les banques sont prêteuses : il faut simplement s’adapter à leurs nouvelles exigences.

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